samedi 15 août 2009

Le secret des poignards volants ...


Le cinéma asiatique est riche : actions, romantisme, historique … réputé pour son sens esthétique et la beauté de ses images car visuel, auditif et émotionnel, il interpelle et ne peut laisser indifférent ...
Je vous embarque pour un voyage initiatique d'une grande beauté, de par ses images, ses couleurs, sa musique et sa philosophie où trois personnages aux destins uniques et singuliers vont se rencontrer et tenter de découvrir ce qui vit alors profondément dans leur coeur (1).…


En 859, La Chine médiévale est ravagée par les conflits. D’un côté, le pouvoir en place de plus en plus corrompu est en déclin, et de
l’autre des groupes se rebellent. Un groupe s’oppose plus que les autres : la Maison des Poignards Volants, groupe prestigieux par sa puissance et son importance. Il vole les riches pour donner aux pauvres … L’Histoire ? Le pouvoir poursuit les rebelles. Ainsi, deux hommes poursuivent une jolie rebelle à priori aveugle : un espion au service du pouvoir et un officier qui roule pour les Poignards Volants. Un triangle amoureux va se former autour de la belle révolutionnaire … et nous plonger dans le cœur de l’Histoire ! L’espion et la belle dame, deux ennemis jurés, vont s'aimer au-delà du possible ... et tenter de vivre cet amour apparemment pur et sincère ...

A priori, un film d’art martial et une histoire d’amour magique, touchante et émouvante. A postériori, encore plus que cela …


L’originalité de ce clan rebelle ? Une Maison fondée et structurée sur des principes et des valeurs non matériels au service du Bien, composée pour essentiels de femmes, des femmes à l’idéal implacable et mesuré … tenant en respect et en secret l’impérialisme et le pouvoir masculin dominateur.


Les combats ? Bien loin de l’image sanglante des champs de bataille traditionnels, le combat pour le Bien devient un combat raffiné et esthétique digne d’un ballet de danse ! Ici, tout est vertueux et épuré, puissant et précis : du maniement des couteaux et des épées avec une habilité déconcertante, à la moindre parole et situation…. La bataille entre le pouvoir et les rebelles fait rage mais la grâce et l’esthétisme dominent même lorsque l’ultime souffle semble arrivé … Pas de place pour le hasard et la fatalité. Le moindre geste, regard, élan, attention est pensé, conscientisé et chorégraphié … C'est brut et pur en même temps ! On se régale à voir la sublime rebelle se servir de son corps de liane et défier les lois de la pesanteur : le mouvement sacré est son art de vivre, d’être et de respirer (2) !! Tout comme l’expression des sentiments entre les acteurs : tout en retenu ou exalté.


Enfin, on assiste à un hymne à la nature : le travail avec la lumière, le respect des saisons, la diffusion des couleurs et la présence de la musique qui vient orchestrer cette fresque héroïque.


Ainsi, l'Essentiel, le Beau et l'appel de l'idéal se révèleraient-ils en des temps d'enjeux de pouvoir et d'injustice ?

Même si le duo amoureux nous emmène dans une histoire passionnelle, tragique et réellement émouvante, il nous interpelle quelques mille ans plus tard sur la compatibilité de l'amour et de l'idéal ...


En tout cas, on retiendra une magnifique épopée poétique, pudique
et chevaleresque d’un groupe à l’allure matriarcale avec des rites, une fidélité et une exigence morale infaillible mettant en avant une sublime poésie visuelle : une exploration de l’esthétisme (les costumes et décors somptueux), un hymne à la beauté du geste (les danses traditionnelles) dont la sagesse asiatique via son cinéma, a le secret … jusque dans ses poignards qui volent ... à mille lieux de ce qui peut se passer dans nos comtés occidentales et à Hollywood (3) !!

A contempler comme une galerie d'images ...


"Si vous limitez vos choix seulement à ce qui semble
possible ou raisonnable,
vous vous déconnectez de ce que vous voulez vraiment
et tout ce qui reste ... est un compromis" .
Robert Fritz.

cliquer pour un morceau de musique du film : par Kendra Masonchuck



(1) Film chinois de Zhang Yimou en 2004 : "Le secret des poignards volants" avec Takeshi Kaneshiro, Zhang Ziyi, Song Dandan. Musique de Shigeru Umebayashi.Le réalisateur est un cinéaste chinois réputé né en 1951. A son actif : "Héro","Epouses et concubines", "Qiu Ju, une femme chinoise", "Vivre" ... des films où la femme apprend à épurer son sentiment ...
(2) A voir la magnifique scène d’ouverture où Zhang Ziyi se fait passer pour une danseuse aveugle dans le Pavillon des Pivoines et vers la fin du film, l'attaque aérienne dans la scène des bambous.
(3) Clin d’œil à "Tigres et dragons" de Ang Lee en 2000 , le très beau "Mémoires d’une Geisha" réalisé par Rob Marshall en 2005 … et le mémorable "Dernier Samouraï" réalisé en 2002 par Edward Zwick.